Premières émotions dès l'embarquement : descendre les échelons d'une échelle fixe et verticale pour poser poser le pied sur la rambarde d'un bateau très fantasque décidé à s'éloigner chaque fois qu'un passager désire y monter. Heureusement, deux solides gaillards dnt les pieds semblent "scotchés" aux planches du pont vous saisissent au moment opportun et vous installent sur des caisses à poissons pompeusement dénommées banquettes.
Malgrè ses multiples exhortations, plus personne ne désirant embarquer, le crieur détache les amarres. Notre embarcation s'éloigne du quai pour le bon motif et le poum, poum rassurant émanant du capot moteur laisse présager une agréable promenade.
Sortie du port, miroitant aux rayons d'un généreux soleil le grand large s'ouvre à nous. Casquette galonnée, teint hâlé, barbe fournie et finement taillée, le commandant de bord tient la roue du gouvernail d'une main assurée. Malin et bon connaisseur de tous les courants marins locaux, le choix habile de la vitesse et du cap lui permet de générer quelques mouvements de roulis et tangage malgrè l'état bien calme de la mer. Ses passagers poussent des cris d'éffroi qu'il affecte ne pas entendre, son regard restant imperturbablement fixé sur l'horizon.
Pour eux, demain à l'atelier ou au bureau, la narration de cette promenade se transformera en une navigation au milieu d'un océan en pleine tempête.
L'équipage apprécie aussi, le montant des pourboise va toujours de paire avec la sensation du risque encouru. L'état supposé de la mer permet aussi sans risque de se laisser volontairement choir sur les genoux d'une jolie passagère !
Les maisons rapetissent, quelques petits détails disparaissent, c'est le moment de changer de cap pour longer les blanches falaises à vitesse réduire, rentrer au port et embarquer d'autres promeneurs.
Soudainement surgit plein centre du viseur ce bateau chargé de passagers. Lhör n'est pas rentré, je dois accomplir notre serment, impossible de reculer et quelques soit le résultat, les journaux devront en faire mention, impossible de cacher un tel incident. Je tourne le volant, le moteur rugit, en fermant les yeux j'appuye sur le bouton central.
Poum...poum....pou....po....le moteur s'arrête, un gros choc, le bateau vient de buter sur un mur invisible. D'instinct, les regards des excursionnistes et aussi de l'équipage se tournent vers le Patron si rassurant par sa prestance. Stupéfaction, comme tétanisé il gît au pied du gouvernail. Insensiblement, le bateau dresse sa proue vers le ciel comme s'il voulait escalader cet obstacle invisible. Le moment semble irréel, pas de bruit, uniquement le clapot. Toutefois, quelques craquements émis par la coque peuvent inquiéter. Rapidement l'angoise gagne, les cris fusent en direction du rivage, matelots et passagers deviennent conscients de la gravité de leur situation.
De part sa fonction, le gardien du sémaphore, tout en bavardant avec les passants de connaissance inspecte régulièrement et méthodiquement le large. Chaque silhouette lui est familmière et la Fée des Mers l'intrigue un peu : "Décidemment, Henri exagère. Je sais bien qu'il faut vendre de l'émotion, mais quand même."
A bord, la panique, les Parents et les enfants d'instinct se joignent les mains, les yeux s'emplissent de larmes, les croyants prient à voix haute, les autres......Les craquements émis par la coque soumise à ce mouvement de bascule s'amplifient et se succèdent maintenant sans interruption. Les plus lucides se mettent en quête d'un gilet de sauvetage, agitent un vêtement clair en direction de la côte et surveillent la montée de l'eau afin de quitter le navire à la nage au moment opportun. Un seul ,décidemment optimiste explique qu'il s'agit certainement d'un coup de bluff et que tout va subitement repartir normalement.
Encore un huitième de tour au volant, pourvu que le moteur tienne et demain, la radio et les journaux titeront tous sur : Drame de la mer inexplicable.
Auprès du gardien, seul personnage officiel contactable facilement, des interrogations commencent à fuser :
"Excusez-moi, je n'y connais rien, le bateau là-bas me semble bizarre, les gens font même des signes."
Le doute commence quand même à l'envahir, et c'est sans beaucoup de conviction qu'il répond à chaque fois :" Soyiez sans craintes, il s'agit de promeneurs et le Patron de l'embarcation, un farçeur, veut leur faire peur."
"Bon, alors, c'est vous qui savez."
L'eau atteint maintenant les sabords arrières. Un matelot, se ressaisissant, exhorte les futurs naufragés, il faut maintenant employer le mot, à rejoindre l'avant afin de tenter de faire plonger le bateau. Un faible mouvement se dessine, rapidement stoppé comme si une main invisible tirait la poupe vers le fond. L'instant fatidique de tous se jeter à l'eau arrive.
Quel spectacle insupportable, en arriver à ce massacre pour garder Lhör et venger nos Parents victimes de bombes lancées par des aviateurs qui ne soupsonnaient peut-être pas leur présence, dominant tout ce vacarme j'entends la voix de ma Mère me sussurant :" Non, Ludwig, pas tout ce massacre, tu ne pourras plus jamais te regarder dans une glace."
Sur la jetée maintenant noire de monde, une centaine de paires d'yeux regardent dans la même direction. Enfin rameutés par la sirène, les pêcheurs disponibles rejoignent en hâte leurs bateaux pour tenter de porter secours. En auront-ils le temps ?
Soudain, une grosse gerbe d'eau suivie d'un plouf comme si une météorite venait de choir. Au même instants, un ouf jaillit de toutes les poitrines. Après quelques oscillations, le navire en perdition vient de retrouver son équilibre. Les sauveteurs recueilleront des passagers et un équipage tous indemmes, choqués, mais incapables d'expliquer leur mésaventure. Aucun obstacle sous-marin ne sera découvert.
Cette petite voix familière me ramène brusquement à la réalité. Je ne peux donner à Lhör cette preuve d'amour. Tant pis, j'ouvre la vanne d'une carter d'huile du moteur, elle coule quelques secondes à gros flots, Clac, tout s'arrête. Un dernier regard vers La Fée des Mers, tout semble redevenu normal. Quittons ces lieux et ce Pays au plus vite.
Dès la sortie de la cave, térassé et menotté, je me retrouve à la Gendarmerie en prèsence de Lhôr, très élégante, fumant une cigarette en compagnie d'un "intime"inconnu.
Calmement mon interrogatoire commence et j'apprends avec stupeur après qelques déclarations de sa part n'avoir été dans toute cette histoire qu'un vulgaire pantin manipulé depuis longtemps, si ce n'est toujours.
Repérée par les services secrets opérant à Magdeburg comme technicienne en carburant de fusées, séduite par son professeur d'anglais, agent américain, elle pensait la guerre terminée être "oubliée".
Il n'en était rien, interrogée sur nos relations, alléchée par différentes propositions, elle a dévoilé notre projet en gage d'obtenir une participation à l'équipe de WvB....en cours de constitution aux Etats-Unis.
J'ignorais aussi qu'elle avait installé sur ordre un système explosif lui permettent au moment voulu d'interrompre notre processus de destruction. Nous avions agit de manière différente pratiquement au même moment. Mon action me permit d'éviter le Tribunal Militaire et en toute discrétion après quelques jours d'internement ma remise au Centre d'engagement de la Légion Etrangère. L'Indochine réclamait son contingent de chair à canon. Tu connais la suite...et la raison de mon emportement lorsque tu as évoqué tes projets de futur mariage, mais là, à chaque couple son histoire.
A demain pour l'épilogue............
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